lundi 3 novembre 2008

Le jardin Francs Bourgeois - Rosiers

Cette fiche analytique a été réalisée en 2008 dans le cadre du cours d'espaces publics en deuxième année (M1) du magistère Aménagement et Urbanisme de paris 1, dispensé pas Messieurs Brac et Brès.

AVANT PROPOS

Le jardin Francs Bourgeois – Rosiers fait partie des derniers jardins réalisés dans le cadre de la première mandature de Bertrand Delanoë et s’inscrit dans les 30 hectares d’espaces verts réalisés durant ces huit dernières années. Ce jardin n’est remarquable ni par sa taille – il mesure un peu plus de 1000 mètres carrés, ni par sa composition paysagère. En revanche l’intérêt de son étude réside dans sa situation géographique en inaugurant un type d’espace public jusqu’alors inédit à Paris. Je tiens à préciser que j’ai pris connaissance de ce jardin lors de mon stage durant l’été 2007 au service aménagement de la direction des espaces verts de la Ville de Paris. J’ai suivi la fin du chantier de cet espace ainsi que sa livraison et son ouverture au public. Dans ce cadre, je dispose ainsi d’informations auxquelles je n’aurai pu avoir accès sans avoir été stagiaire et je remercie la paysagiste-conceptrice du jardin, Marie-Odile Ricard, pour ses éclairages sur le jardin. Cependant, je reste conscient que cette fiche doit être analysée d’un point de vue non partisan et qu’il ne s’agit pas non plus de faire l’état d’un projet. Les informations complémentaires que j’insérerai le seront donc pour enrichir les analyses objectives et subjectives demandées.


ANALYSE OBJECTIVE

Un jardin public enclavé au cœur du Marais

Le jardin Francs Bourgeois-Rosiers est situé dans le quartier historique du Marais, dans le 4ème arrondissement de Paris. Ce quartier, qui connait une gentrification depuis quelques années, est fortement identifiable et identifié par ses hôtels historiques du XVIIème et XVIIIème siècles, sa forte densité bâtie et ses rues étroites. Contrairement à la majorité des jardins parisiens, ce jardin n’est pas visible de puis la rue. Il est en effet situé au cœur de l’îlot formé par les rues des Hospitalières Saint Gervais, des Francs Bourgeois, Pavée et des Rosiers. Le jardin occupe aujourd’hui environ la moitié du cœur d’ilot ; Il mesure 1 040m², soit un dixième d’hectare. La seconde moitié est réservée à la seconde phase du jardin qui viendra compléter celui existant.

Les bâtiments qui entourent le jardin sur ses quatre côtés sont représentatifs du bâti dense de l’ensemble du quartier dans lequel le jardin s’insère. Au Nord de la parcelle se trouve l’hôtel de Coulanges, propriété de la ville de Paris (direction des affaires culturelles) qui abrite depuis 1978 la Maison de l’Europe (établissement public), au Sud, des immeubles de logements sociaux de l’OPAC de Paris, à l’Ouest et à l’Est deux murs pignon ainsi qu’un mur de clôture.

Les limites ne sont pas sans poser question dans cet espace étant donné l’hétérogénéité des statuts des constructions qui l’entourent. Ainsi, l’immeuble de l’OPAC disposant devant sa façade d’une bande jardinée qui lui appartient, il a été nécessaire d’installer une palissade assez haute afin de préserver l‘intimité de cet espace privé d’un bâtiment détenu par la puissance publique. La Maison de l’Europe, à qui appartenait la majorité du terrain (devenu le jardin actuel) avant sa rétrocession au service des parcs et jardins, dispose d’une terrasse qui donne sur le jardin. Malgré le fait que le terrain ne lui appartienne plus, la directrice de la Maison de l’Europe avait demandé que soit aménagé un accès au jardin depuis la terrasse afin que lors des réceptions et autres événements, les invités puissent en profiter en y ayant accès facilement. Aucun accès n’a actuellement été créé. Alors que d’un coté (OPAC) on cherche à se protéger du jardin et des nuisances qu’il peut engendrer, de l’autre, au contraire, on cherche à profiter de l’agrément de cet espace, au delà des règles de séparation entre espace privé et espace public.



Un accès contraint pour un jardin « secret »

La question de l’accessibilité est à traiter à deux échelles : celle du quartier ou plus finement celle de l’îlot dans lequel se situe le jardin et celle du jardin lui-même, étant enclavé et masqué des piétons.

Le quartier est accessible par tous les modes de transport, étant visité par de nombreux touristes et étant l’un des quartiers les plus dynamiques de la capitale. La desserte en transports en commun est assurée par la ligne 1 du métro avec la station Saint Paul qui est située à 5 minutes à pied du jardin tandis qu’un arrêt de bus est situé prés de la station de métro, le long de la rue de Rivoli. Un arrêt unique mais qui dessert toutefois quatre lignes de bus : les 26, 69, 76 et 96. La rue de Rivoli est un des axes majeurs de la capitale mais constitue plus un axe de transit que de desserte locale. En revanche, le Marais connait une fréquentation accrue de la part des cyclistes, dont la mobilité rend la circulation dans le quartier plus aisée que celle des automobilistes étant donné l’étroitesse des rues et donc de la chaussée. On dénombre ainsi de nombreuses bornes Vélib’ dans le quartier. Elles sont au nombre de deux sur les quartes rues qui délimitent l’îlot du jardin.

Ce jardin se veut donc, de par sa situation enclavée et de par la morphologie du quartier, un jardin de proximité. En effet, bien que ce quartier, essentiellement parcouru par des flux piétonniers, soit beaucoup visité, notamment par les touristes étrangers, cela ne doit pas accroitre fortement la fréquentation étant donné l’accès au jardin lui même. Il se fait au 35 rue des Francs Bourgeois par la maison de l’Europe. Le visiteur doit passer par la cour puis le hall du bâtiment avant d’accéder au jardin en franchissant deux portes à ouverture automatique. Un tel confinement nécessite une signalétique renforcée afin de signaler la présence du jardin. Elle se résume en deux panneaux de signalisation que l’on rencontre lorsque l’on se dirige vers le jardin depuis la rue de Rivoli et en une pancarte affichée sur le porche et annonçant le jardin. L’accès au jardin impose à la Maison de l’Europe une servitude de passage mais l’accès étant contraint par ce bâtiment, il est restreint aux horaires d’ouverture de la Maison de l’Europe et est ainsi fermé le matin et ouvert de 13h30 à 19h.



Une composition simple et épurée

Le jardin est d’une composition paysagère simple et sobre. En son centre se trouve un rectangle de pelouse dont une partie est aménagée en aire de jeux pour les très jeunes enfants (2-4 ans). Elle est entourée par une allée d’environ 2m de large. Deux « branches » complètent cette allée : l’une servant à rejoindre la porte d’accès au jardin, l’autre permettant aux jardiniers d’accéder à une cabane en bois dans laquelle est disposé le matériel d’entretien. Enfin, un écrin végétal borde le jardin en délimitant ainsi précisément les limites de celui-ci. Le mur pignon à l’Ouest et au Sud-ouest du jardin est couvert de vignes vierges tandis que celui à l’Est a été réhabilité et un treillage en bois y a été rajouté afin de le recouvrir de rosiers grimpants, en référence à la rue des rosiers.


Aux trois éléments structurant du jardin correspondent trois types de sols différents :


Le rectangle de pelouse

La pelouse a été ensemencée sur une épaisseur de terre végétale. L'aire de jeux est également recouverte de gazon puisque les jeux, destinés aux tout-petits, ont une hauteur de chute réduite et ne nécessitent pas un sol amortissant. Auparavant, cette aire de jeux était recouverte de mulch, copeaux de bois normalisés issus de broyas de palettes, mais ceux-ci ont été retirés sur demande de la municipalité car les élus en voulaient endosser la responsabilité d'un enfant qui aurait mis à la bouche et avalé un copeau de bois. Quatre bouleaux ont été plantés à l'alignement dans la diagonale du rectangle.

L’allée périphérique
Elle est constituée de sable stabilisé qui a été coulé sur grave ciment, composé d’un faible pourcentage de granulats supérieurs à 4mm, et de couleur type « ville de Paris », c’est à dire blanc cassé.



L’écrin végétal

Les végétaux sont plantés dans une épaisseur de terre végétale, recouverte de copeaux de bois (antérieurement sur l’aire de jeux). Les plantes sélectionnées sont des vivaces dont une forte proportion est constituée de graminées. On en dénombre sept différentes : orangers du Mexique, céanothes, cornouillers blancs, fétuques, pennisetum, cheveux d’anges et cannes de Provence. Le choix de plantes vivaces et de bois colorés (cornouillers) traduit la volonté de conserver un esthétisme paysager de l’écrin pendant l’hiver.

Mobilier et jeux en bois

Le mobilier urbain est composé par des bancs et fauteuils, des panneaux de signalisation, une palissade et une cabane de jardinier. Les bancs et fauteuils sont en teck. Il s’agit du modèle « Brighton » de la marque Tectona. Les panneaux d’affichage du règlement, des horaires et de l’histoire du jardin sont peints en vert et ont le même design que les autres supports d’affichage utilisés aujourd’hui dans les parcs et jardins. La cabane et la palissade sont en pin et recouverts d’une peinture marron « caramel ». Les jeux pour enfants sont en bois et représentent des animaux sur lesquels les enfants peuvent monter (chat, cochon, souris) et se basculer parfois (canard, cheval).


Banc en teck, palissade et cabanes peintes, et jeux en bois

Une gestion municipale

Ce jardin appartient à la Ville de Paris et est géré par le Service d’Exploitation des Jardins (SEJ) de la Direction des Espaces verts et de l’Environnement (DEVE). Les jardiniers de ce service entretiennent donc régulièrement le jardin. En revanche, c’est le personnel de la Maison de l’Europe qui est chargé de l’ouverture du jardin et de sa fermeture mais sans tâche particulière à exercer puisque les horaires d’ouverture du jardin sont calqués sur ceux de la maison de l’Europe.


ANALYSE SUBJECTIVE

Le jardin comme récompense

En tant que non habitant du quartier, n’étant donc pas particulièrement au courant de l’actualité locale du quatrième arrondissement, je n’aurai probablement jamais découvert ce jardin si je n’avais pas réalisé un stage avec la paysagiste qui l’a conçu. Les deux panneaux de signalisation de la rue pavée passent en effet inaperçus à mes yeux – comme à ceux de la plupart des parisiens je suppose – et l’on en prête guerre plus d’attention à celui accolé près du porche de la maison de l’Europe, d’autant plus qu’une flèche qui était remarquable depuis la rue à travers le porche et qui était pour moi l’élément de signalisation le plus remarquable par les passants de cette rue étroite (donc peu de recul pour lire les panneaux muraux, en particulier dans ce quartier qui connait une forte fréquentation) est désormais retournée et enfoncée dans un arbuste (cf. photo). Cependant j’apprécie d’une certaine façon cette information lacunaire qui récompense le promeneur attentif et curieux qui ne se satisfait pas de ce qu’il connait déjà en lui offrant un coin de calme et de repos privilégié dans un quartier en perpétuels effervescence et bouillonnement. Ce côté inaccessible du jardin est complété par les deux portes automatiques qu’il faut franchir une fois dans le hall de la maison de l’Europe. Ces portes constituent une sorte de sas avec en ligne de mire le jardin comme récompense.


Un espace lisible et bien structuré

La lecture du jardin est extrêmement rapide. En effet, on l’a vu, la composition est rudimentaire avec un rectangle de pelouse bordée d’une allée périphérique et l’écrin végétal marquant les limites du jardin en en faisant le tour donne à ce dernier une unité. Il n’y a donc pas de limites objectives ou subjectives, le jardin étant enclavé par des constructions et l’écrin végétal l’accentuant. Cependant l’unité est plus aisément lisible en été car les cannes de Provence, qui mesurent environ 2 à 3 mètres de haut constituant ainsi un rideau végétal, sont rabattues en hiver par les jardiniers. Si la richesse n’est pas dans la composition paysagère de l’espace, elle l’est en revanche dans les points de vue et le paysage urbain qui s’offrent à nos yeux depuis le jardin. Selon l’endroit où l’on se place dans le jardin, on peut par exemple apprécier la façade classique et élégante de l’hôtel de Coulanges ou la pittoresque cheminée en brique d’une ancienne usine. Toutefois, malgré cette composition simple et épurée, le choix a été fait d’opter en faveur d’un mobilier au contraire particulièrement raffiné, dans un style britannique, afin de rappeler et d’appuyer la noblesse du cadre dans lequel le jardin s’inscrit. Ces bancs et fauteuils, qui contrastent avec le mobilier classique des jardins de la ville de Paris ont été particulièrement appréciés et encensés par le Maire de Paris lors de l’inauguration du jardin l’été dernier. Les limites objectives et subjectives du jardin étant, on l’a vu, superposées et marquées par le bâti, l’espace de ce jardin est tenu et confiné, de part la hauteur même des bâtiments, qui, d’une certaine façon, enserrent l’espace. Cependant, la lumière dont ce jardin bénéficie et la perspective ouverte sur la cheminée que l’on aperçoit derrière un mur pignon donne un caractère distendu à l’espace qui fait de cet espace un espace fermé certes mais avec - si l’on autorise la métaphore avec un organisme vivant - une respiration et l’empêche d’étouffer. Le confinement ne conduit pas à l’oppression et le vide central, on va le voir a été pensé dans ce sens.


Du sentiment premier de vide à la compréhension de l’espace

Ce jardin donne l’illusion qu’un espace secret, interdit s’offre au public. Je fais la distinction et parle bien d’un espace secret plutôt que d’un jardin secret. En effet, le jardin est simple voir basic dans sa composition et n’a à mon avis que peu d’intérêt en lui-même. En revanche, les perspectives qu’il donne à voir et le calme précieux qu’il offre dans un quartier en manque de lieux de halte, de respiration, sont comme un cadeau offert au visiteur, et constitue sinon la magie du lieu du moins sa singularité. Singularité renforcée par la faible fréquentation qui met en valeur chaque visiteur. J’irais même jusqu’à parler de mise en abîme du promeneur dans cet espace épuré, calme, noble où chacun peut avoir le sentiment quelques secondes de prendre possession du lieu. Personnellement, étant sensible à l’esthétisme paysager, qu’il soit d’inspiration française, ou plus à mon gout anglo-chinois, je trouvais cependant dommageable que le visiteur curieux ne soit pas récompensé par une composition paysagère remarquable avec un jardin que l’on découvrirais petit à petit au cour d’avancées entre des bosquets taillés et des allées courbes, alors qu’ au contraire, le jardin se donne à lire dans son ensemble au premier coup d’œil. Mon analyse à quelque peu évolué au regard de l’explication par la paysagiste de son parti pris d’aménagement. C’est délibérément qu’elle a conçu ce jardin de façon épurée, afin de mettre en valeur le remarquable Hôtel de Coulanges. De plus, ce jardin n’est que la première phase d’un jardin qui va s’étendre sur la parcelle attenante à l’Est, derrière le mur bas qui sera détruit. Le jardin actuel sera alors, comme actuellement, destiné au repos et à la détente alors que la seconde phase offrira un espace de jeux et de découverte dans un esprit sous-bois. La connaissance approfondie du parti pris d’aménagement, du projet de seconde phase et l’imagination du jardin dans son ensemble m’ont conduit à modifier mon jugement mais aussi ma sensibilité de ce lieu.


Des usages inédits pour un jardin public

Le caractère enclavé du jardin offre des pratiques et des usages de l’espace qui ne pourraient être imaginées dans un jardin public traditionnel. Alors que les bancs sont fixés au sol à leurs emplacements réservés le long de l’allée périphérique, les fauteuils ont été quand à eux disposés aléatoirement sur la pelouse et les visiteurs peuvent ainsi les déplacer où ils le souhaitent et s’approprient ainsi l’espace en l’utilisant à leur guise (cf. photo). Cela est possible car le passage par un hall surveillé pour entrer et sortir du jardin limite toute tentative de vol du mobilier urbain. Bien entendu cette libre appropriation du mobilier de jardin n’est pas tant inédite que cela au regard des usages au jardin du Luxembourg mais la qualité du mobilier n’est en rien comparable et il s’agit au jardin Francs Bourgeois de fauteuils haut de gamme dans un matériau noble. De plus, l’attenance du jardin au hall de la Maison de l’Europe offre la possibilité aux usagers des lieux de pouvoir prendre un café au distributeur automatique et de venir le boire assis sur l’herbe, avec des amis comme j’ai pu l’apercevoir l’été dernier. La situation géographique du jardin a donc une influence remarquable sur ses usages.


Du symbole rassembleur au jardin élitiste

Du fait de sa discrétion, le jardin est relativement peu fréquenté et les visiteurs réguliers sont vraisemblablement des habitants du quartier. L’affluence croit pendant les beaux jours mais n’atteint pas les seuils des jardins publics traditionnels offerts à la vue de tous. Au premier abord, j’ai trouvé cela profitable à l’espace, car contribuant à sa mise en valeur en renforçant son coté secret. Mais ce jugement est un jugement égocentrique dans le sens où il s’agit plus de la mise en valeur du visiteur que du lieu lui-même. Et lorsque l’on analyse ce que porte le lieu en lui, on découvre que le jardin ne restitue pas la symbolique de l’espace. En effet, quatre façades se regardent dans ce jardin : celle de logements sociaux, celle de logements privés, une autre d’anciens entrepôts et enfin une dernière d’un hôtel historique classé de prestige. On peut ainsi y voir une opportunité de dialogue et de rencontre des différents milieux sociaux, qui plus est au centre de Paris. Quel symbole ! Mais quel gâchis aussi ! Aujourd’hui ce jardin est à l’image du quartier du Marais qui se gentrifie, renforçant ainsi sa qualité patrimoniale et touristique mais perdant le symbole que devrait à mon avis représenter le centre, le cœur même de Paris.


Le jardin ne rassemble les milieux sociaux que symboliquement par l'échange architectural

lundi 25 février 2008

Le pari vert du centre

Le titre ne renvoie pas à une quelconque stratégie du Modem pour voir se rallier les écologistes mais bien à une petite révolution qui touche aujourd’hui la capitale : la réalisation de deux jardins dans l’un des quartiers les moins pourvu en espaces verts.

Le Marais. Un des quartiers les plus denses de Paris, situé en son centre et doté de tout le charme que lui confèrent ses petites rues étroites, ses beaux hôtels particuliers du 17e siècle et ses échoppes évoquant la carte postale. Le Marais, un nom si bucolique, si naturel, pour un quartier où la couleur verte se retrouve plus dans les urnes que dans les rues, densité et sauvegarde patrimoniale obligent. La solution pour offrir aux habitants du quartier et aux nombreux touristes des espaces verts au milieu de ces pierres et pavés inamovibles : investir les cœurs d’îlot et reconvertir des jardins jusque là inaccessibles au public. Le jardin des rosiers et le jardin Anne Frank sont ainsi précurseurs dans la reconquête verte de Paris par la requalification d’espaces privés, la friche et le terrain vague n’étant plus les seuls fournisseurs de réserves à espaces verts.

Des jardins à découvrir
Dans le 4e arrondissement, le jardin des Rosiers, en plus d’occuper l’ancien jardin de l’ Hôtel de Coulanges, est totalement enclavé et se dévoile à qui le mérite. Noyé dans la foule, en plein été rue des Francs Bourgeois, vous passerez certainement à côté. En flâneur attentif, l’œil vif et le pas léger, vous rentrerez dans le hall de la Maison de l’Europe pour ensuite accéder au jardin. Le caractère enclavé ne nuit pas à l’appréciation que l’on peut avoir de l’espace vert, qui aère le quartier de l’intérieur. Ce jardin a le génie de nous faire découvrir un Marais inconnu du grand public : un Marais calme et reposant, loin de l’effervescence permanente du quartier. Après acquisition de l’emprise, le choix a été fait par une paysagiste de la ville de faire table rase du jardin à la française avec son carré d’ifs bien taillé pour dégager l’espace central et l’offrir à un rectangle de pelouse et une aire de jeux pour touts petits. Une allée contourne cette pelouse et un écrin végétal unifie le jardin. Cette composition paysagère simple et élégante participe à une mise en valeur réciproque du jardin et l’architecture. Le jardin de la rue des rosiers inaugure avec brio un concept que l’on pourrait qualifié de "jardin secret" en donnant l’impression au badaud qu’un espace interdit s’offre à lui.

Au jardin des rosiers, la famille canard attend les touts petits


A cinq minutes à pied, le jardin Anne Frank, dans le 3e arrondissement, a quant à lui réinvesti le jardin de l’Hôtel de Saint-Aignan, au fond d’une impasse pleine de charme. Contrairement au premier, ce jardin a été conçu en maîtrise d’œuvre externe, sous l’égide de J.F. Lagneau, architecte en chef des monuments historiques, une des parcelles de l’actuel jardin étant classée au titre des monuments historiques et comprenant un mur de l’enceinte de Philippe Auguste, qui fut réhabilitée pour l’occasion. L’ Hôtel de Saint-Aignan étant devenu le musée d’art et d’histoire du Judaïsme, ce jardin hérite d’une symbolique très forte en étant baptisé du nom de l’auteur du fameux journal et par la plantation en son sein d’un greffon naturel de son propre marronnier, importé des Pays-Bas. A deux pas du centre Georges Pompidou, le jardin Anne Frank est le second havre de paix dans le marais et l’on peut voir dans les pavés enherbés du jardin la métaphore d’un quartier qui se donne à la nature, à moins que ce ne soit l’inverse…

L’Hôtel de Saint-Aignan, un écrin de luxe pour le jardin Anne Frank


Des jardins modèles
S’inscrivant dans la lignée des jardins créés sous la mandature Delanoë, qui avait fait de la réalisation de 30 hectares d’espaces verts une de ses priorités, les jardins Anne Frank et des Rosiers sont à eux deux une sorte d’échantillon du jardin parisien type de ce début de siècle en regroupant les principaux concepts en vogue actuellement : le jardin partagé, le jardin naturel et le développement durable. A l’origine, le jardin partagé est une parcelle en friche, souvent dans l’attente d’un futur aménagement et que la ville met à la disposition d’associations locales qui la cultivent en y faisant pousser fruits et légumes, plantes et fleurs. Le concept a tellement séduit que le jardin partagé s’affranchit des friches pour coloniser la majorité des nouveaux jardins publics parisiens, comme à Anne Frank où l’on peut apprécier en fond de jardin un rectangle de terre richement planté, bien entretenu et bien aménagé par une association de quartier. Ces parcelles de jardins partagés sont novatrices dans le sens où elles transforment les riverains en acteurs de la réalisation d’une partie de leur jardin de proximité et s’inscrivent ainsi dans le même processus que la démocratie participative en associant les habitants à toutes les phases d’un projet urbain : de la conception jusqu’à la gestion. Le concept de jardin naturel, quant à lui, répond aux aspirations à un retour à une nature moins domestiquée, moins stricte, plus sauvage, éloignée des haies uniformes et régulières d’arbustes et des pelouses tondues au millimètre. Désormais, la disposition aléatoire des arbustes, vivaces et graminées, la plantation de végétaux dans l’esprit d’une friche naturelle avec un entretien moins scrupuleux laissant une végétation spontanée s’installer, ou encore la gestion différenciée des pelouses comme au jardin Anne Frank où cohabitent prairie fleurie et gazon tondu envahissent les nouvelles réalisations dans l’objectif de remplacer petit à petit une nature trop longtemps urbaine en une nature plus "naturelle" , du moins en apparence.


La prairie fleurie du jardin Anne Frank


Enfin, le jardin Anne Frank s’inscrit dans une démarche prononcée de développement durable avec un réseau de drainage sous la pelouse récupérant les eaux pluviales, la pelouse elle-même a été semée et non plaquée et le revêtement de l’aire de jeux est réalisé en mulch, amas de copeaux de bois normalisés. Tout cela est louable et va dans le bon sens mais rien ne fait plus de tort à l’écologie que l’intégrisme écologique. Ainsi, l’Adjoint au Maire chargé des Espaces Verts, Monsieur Contassot pour ne pas le nommer, va jusqu’à refuser que le mulch soit peint en vert - ce qui aurait conserver l’unité de la pelouse dans laquelle s’insère l’aire de jeux – afin de conserver l’aspect naturel du bois, au détriment de l’esthétisme paysager. Bien entendu, cela relève du détail mais est très révélateur d’un jusqu’auboutisme qui tend à la caricature d’idées défendues pourtant très honorables.

Des jardins… campagnards
Mars 2008 approche et l’inauguration des deux jardins à un mois d’intervalle (juin et juillet), de surcroît en présence du Maire de Paris, ne sont pas anodines dans un quartier qui constitue un repère pour des bobs qui ont participé en grande partie à la constitution de la majorité PS-Verts au Conseil de Paris en 2001 et qui se doivent de rester un socle solide de l’électorat de gauche pour les prochaines municipales. Mais les deux jardins du Marais ne sont qu’une goutte d’eau parmi les 30 hectares d’espaces verts créés et la reconquête verte du centre n’est qu’une pièce du puzzle vert de Paris qui constitue incontestablement l’une des plus belles réussites de la majorité actuelle et un atout de poids dans la bataille des municipales.

Arnaud Beaumont

Cet article sera publié prochainement dans la revue Urban' essence.

dimanche 20 janvier 2008

La ZAC Reuilly... ou comment reconvertir une enclave ferroviaire en un quartier mixte et intégré

Le 12ème arrondissement n’a pas été touché par les opérations de grande envergure de l’est de Paris dans les années 1970 comme la dalle des Olympiades dans le 13ème ou la place des fêtes dans le 19ème. Le 12ème a ainsi "échappé" à la mode des grands ensembles, excepté peut-être l’îlot Saint Eloi, mais il a en revanche connu de grands bouleversements ces trente dernières années dus à de nombreuses opérations d’aménagements : la ZAC Chalon, la ZAC Gare de Lyon-Bercy, la ZAC Corbineau-Lachambeaudie, et plus récemment la ZAC de Bercy et la promenade plantée. Il y eu aussi la réalisation d’importants équipements et monuments comme l’opéra Bastille, le ministère de l’économie, des finances et de l’industrie, le palais omnisport de Paris-Bercy ou encore le bassin de l’Arsenal. La ZAC Reuilly, réalisée entre 1986 et 2006, a ainsi participé à la mutation du 12ème arrondissement. Elle est située au centre géographique et géométrique du 12ème arrondissement, dans un triangle de 12,5 ha délimité par la rue de Reuilly au nord-est, la rue Montgallet au nord-ouest et l’avenue Daumesnil au sud. Alors qu’au début des années 1980 le site est une enclave ferroviaire délaissée, autrefois empruntée par la ligne Bastille-Vincennes, en 2006, le quartier est réalisé et s’est construit son identité au cœur du 12ème arrondissement. L’objectif de cette étude est donc de comprendre comment une enclave ferroviaire a été reconvertie en un quartier mixte et intégré à son environnement.


1. La genèse du projet

A. La mutation de l'est parisien

1) Rééquilibrer la capitale

Dans les années 1970, la ville de Paris a la volonté de restructurer tout le secteur de la gare de Lyon. Il est alors demandé à l’APUR, l’Atelier Parisien d’Urbanisme, de travailler sur ce secteur des deux côtés de la Seine afin de réaliser un véritable projet d’ensemble. L’APUR recense alors tous les territoires mutables dans les 12ème et 13ème arrondissements de Paris. C’est ainsi que le projet Reuilly se trouve inscrit en 1973 dans le schéma de secteur Seine Sud-Est. La réutilisation de la gare de marchandises de Reuilly fera ensuite partie des aménagements prévus dans le cadre des grandes options de la politique d’urbanisme de la capitale. Tout d’abord le SDAU, Schéma Directeur d’Aménagement et d’Urbanisme de la ville de Paris, approuvé le 17 mars 1977, affiche l’objectif de rééquilibrer l’est et l’ouest de Paris. Il avait été alors envisagé d’utiliser une partie des terrains de l’ancienne gare de Reuilly dans le cadre d’une ZAC "multipoles" dite ZAC des gares. Mais ce projet fut abandonné pour concevoir à Reuilly un aménagement global et cohérent à la place de réalisations isolées et incomplètes. Ensuite, le plan programme Est de Paris approuvé le 28 novembre 1983 par le conseil de Paris reprenait ces objectifs de mise en valeur de l’est parisien.


2) Créer un nouveau quartier à Reuilly

3 objectifs

La ville de Paris va profiter de cette emprise laissée libre et sans activité pour porter un grand et ambitieux projet urbain. Son intervention se justifie par la poursuite de trois grands objectifs pour Reuilly :

- lutter contre la dépopulation de Paris, notamment celle des classes les moins aisées, afin de préserver la diversité de la population ;

- permettre l’accueil d’activités tertiaires dans un secteur bien desservi et proche de la gare de Lyon ;

- améliorer les équipements publics dans les domaines où ils restaient insuffisants, notamment celui des espaces verts du quartier.

Le programme du dossier de création

- Habitations : 800 logements
- Commerces : 8 000 m²
- Bureaux et activités tertiaires : 65 000 m²
- Activités artisanales et industrielles : 10 000m²
- Equipements publics :
1 jardin de 15 000m²
1 square de 2 500m²
1 mail planté
1 école maternelle
1 piscine
1 équipement culturel dans l’ancienne gare de Reuilly
1 salle polyvalente
1 équipement sanitaire ou social

A noter qu’initialement, lorsque la ville de Paris a demandé à l’APUR de réfléchir sur la ZAC, c'est-à-dire à l’origine du projet, la commande de la ville se résumait en un quartier avec un parc et des logements. C’est par la suite qu’elle s’est transformé en un quartier mixte avec l’APUR qui jugeait indispensablela présence de bureaux pour la vie du quartier et comme dans le même temps, la demande de la ville en bureaux s’épuisait, celle-ci a profité de l’occasion et les a inclus dans son programme.


B. Le site de l’opération

1) Historique de la ligne Bastille-Vincennes

A l’origine, la ligne de chemin de fer Bastille-Vincennes a été pensée pour assurer une liaison ferroviaire entre les lignes Paris-Strasbourg et Paris-Dijon. En 1853, une concession est accordée à la société de chemin de fer Paris-Strasbourg pour créer et exploiter la ligne Vincennes-Bastille, longue de 17 km qui fut ouverte au public le 22 septembre 1859. A son ouverture, la ligne de Vincennes, sur le territoire de Paris ne comptait comme unique gare celle de la Bastille. Mais les installations au terminus de la ligne s’étant rapidement avérées exiguës pour le remisage des rames et le trafic des marchandises, une autre station, la gare de Reuilly, a été créée en 1887, sur un vaste terrain disponible dans le quartier de Reuilly, déjà traversé par la voie de chemin de fer. Après un siècle d’activité, la ligne de voyageurs Bastille-Vincennes ferme en 1969 et le trafic de marchandises est abandonné en 1970, suite à l’ouverture de la ligne souterraine du RER A. La ligne de chemin de fer fut alors désaffectée.

Encerclée en rouge, la ligne Bastille-Vincennes


2) Les emprises ferroviaires


Quand la ville de Paris s’intéresse à l’acquisition des terrains, le site était occupé à plus de 80% par les installations SNCF (102 600 m² appartenant à la SNCF, 700 m² étant la propriété de la Ville de Paris et 21 700m² d’emprises privés, dont 18 700 m² par trois importants groupes d’immeubles). Ces 80 % sont situés au centre de l’îlot, largement sous-utilisés depuis la fermeture de la ligne. Dès 1978, la SNCF avait fait connaître à la ville de Paris son accord pour lui céder l’ensemble du terrain de la gare. Cependant, elle considérait comme indispensable le maintien d’une partie de l’infrastructure ferrée dans l’îlot. La SNCF louait des hangars et des entrepôts sous utilisés à des transporteurs privés dont les activités étaient tributaires de la desserte ferroviaire. Cette solution était concevable sur le plan technique mais très contraignante par son coût en cas de couverture et par les nuisances qu’elle entraînerait si les installations restaient à l’air libre. Cette hypothèse a longtemps pesé sur la décision d’intervention. Finalement, ce sont les négociations avec la ville, les possibilités de restructuration de ses activités de transport de marchandises, notamment dans le secteur Tolbiac, et l’abandon du projet d’exposition universelle qui ont amené la SNCF à ne plus envisager de maintenir d’activité ferroviaire à Reuilly. La libération du site et sa réutilisation devenaient alors possibles. La ville a acquis le terrain de la gare et l’emprise a pu être libérée en quasi totalité. La seule partie de l’îlot qui ne fut pas concernée par cette opération est la corne bâtie située entre le passage Reuilly et la place Félix Eboué. Elle fut exclue de l’opération compte tenu de la solidité et de l’importance des bâtiments qui s’y trouvent.

Le site avant l'opération, au début des années 1980

3) Contraintes et enjeux

L'hétérogénéité des alentours
L’environnement immédiat du site de l’opération est caractérisé par son hétérogénéité, tant sur le plan urbanistique qu’architectural.

Au sud, se trouve le quartier Dugommier, de type principalement haussmannien, qui s’est développé autour de la mairie du 12ème et le long de l’avenue Daumesnil, avec un découpage en îlot dont la périphérie comporte des immeubles de 6 à 7 niveaux.

Au nord-est, le long de la rue de Reuilly, se trouve un grand îlot au parcellaire largement découpé, issu des anciennes zones maraîchères du 18ème siècle qui a subi, dans les années 1970, d’importantes opérations de rénovation, laissant de grands espaces libres à l’intérieur de l’îlot.

Au nord-ouest, la trame urbaine est diagonale, contrairement à sa structure parcellaire antérieure dont il subsiste quelques éléments en bordure de la rue Montgallet. Cela résulte de la rénovation de l’îlot Saint-Eloi à partir des années 1960. Cet aménagement présente un paysage de barres et de tours et a apporté au quartier un grand nombre d’équipements aussi bien scolaires, sportifs, que sanitaires et sociaux.

L'enclavement

Le site, tel qu’il est laissé par la SNCF ne présente que deux points d’accès : au niveau de l’actuelle placette Montgallet et au niveau de la gare. Cela s’explique en partie par la topographie du site. En effet, le terrain a un dénivelé naturel qui correspond à la fin de la colline de Picpus : la ZAC, à l’angle NE est à la cote 52,5 NGF et au niveau de l’avenue Daumesnil à la cote 37 NGF. De plus, des terrassements ont été réalisés pour obtenir un plateau ferroviaire horizontal situé entre le débouché des voies situées sur le viaduc de l’avenue Daumesnil en provenance de l’ancienne gare de la Bastille et le passage en tunnel de ces mêmes voies sous la rue de Reuilly. De ce fait, la zone à aménager est dominée de 6 mètres par la section de la rue de Reuilly proche de la place Félix Eboué, et à l’inverse, surplombe d’environ 8 mètres le carrefour entre l’avenue Daumesnil et la rue de Charenton. Le plateau de l’emprise SNCF a modifié le relief du site et la pente douce est ainsi devenue une coupure abrupte.

De plus, d’importants bâtiments présents sur le site vont être conservés dans la ZAC en raison du nombre important de leurs habitants et de leur bon état :

- l’immeuble barre de l’avenue Daumesnil de 1960 formant un bâtiment rectiligne de 10 niveaux sur 250 mètres de long et abritant environ 340 logements ;

- les deux barres sur dalle rue de Reuilly datant des années 1970 ;

- les immeubles de construction homogène de 6 à 7 niveaux du début du 20ème siècle rue Montgallet de 6 à 7 niveaux.

L’enjeu pour l’aménagement de la future ZAC est donc de créer de toutes pièces un nouveau quartier et de réussir à le désenclaver afin de l’intégrer à un environnement immédiat très hétérogène.

Barre avenue Daumesnil


2. Z. A. C. : Trois
lettres pour un projet

A. Les acteurs

La zone d’aménagement concerté est une procédure qui se caractérise notamment par sa multiplicité d‘acteurs qui travaillent en étroite concertation. La ZAC Reuilly fut, comme toute ZAC, d’initiative publique et c’est ainsi la ville de Paris qui a initié et porté le projet à travers l’adoption des différents plans et la décision de création de la ZAC prise par le conseil de Paris.


1) L’APUR : créer la forme urbaine

Avec la direction de l’urbanisme de la ville de Paris, l’Atelier Parisien d’Urbanisme est chargé, au début des années 1980, par la mairie de Paris, de mettre en place la forme urbaine du projet. L’APUR est libre des ses propositions, comme par exemple le nombre de logements, propositions ensuite approuvées ou rejetées par le conseil de Paris. Ses travaux aboutissent à l’élaboration du PAZ, le Plan d’Aménagement de Zone.


2) La SEMAEST

Son rôle est double dans cette ZAC.

Aménageur
Un traité de concession a été accordé par la mairie de Paris à la SEMAEST, Société d’Economie Mixte d’Aménagement de l’Est de Paris, alors dénommée SEMEA Chalon, en la désignant aménageur de la ZAC. Plus tard, on parlera de Convention Publique d’Aménagement (CPA) terme utilisé jusqu’à aujourd’hui. Depuis 2005, on reparle de concession d’aménagement avec la soumission à des procédures de mise en concurrence et de publicité.

Ses missions en tant qu’aménageur étaient :

- d’acquérir les terrains et bâtiments nécessaires à la réalisation de l’opération ; elle disposait pour cela du droit de préemption et d’expropriation en les libérant, le cas échéant, de leurs habitants ;

- de démolir ou de réhabiliter les bâtiments existants ;

- de mettre les sols en état de constructibilité ;

- de réaliser les équipements d’infrastructure secondaire et tertiaire de la zone (voirie automobile et piétonne, réseaux) ;

- d’assumer les tâches de gestion et d’entretien des immeubles et des terrains tant qu’elle en est propriétaire ;

- de promouvoir la vente des terrains ;

- de prendre en charge l’accueil des habitants et l’animation de la zone.

Maître d'ouvrage
La SEMAEST s’est également vue déléguer par la ville un mandat de maîtrise d’ouvrage. La ville étant maître d’ouvrage pour les équipements publics, la SEMAEST les réalise pour son compte et dans ce cadre, lance un appel d’offres aux architectes.


3) L’architecte coordinateur : mettre en volume

Désigné par la SEMAEST, sa mission se résume en trois points :

Développement du PAZ
Il est chargé de la mise en place volumétrique du PAZ. Sa mission consiste donc à passer de la forme urbaine du projet à sa forme architecturale. Il produit différents documents où il propose les volumes des bâtiments ainsi que les grands principes d’ordonnancement urbain (cf. annexes p.I, II, III). Il aboutit à la création d’un plan définitif appelé plan de développement du PAZ et qui fut approuvé par le conseil de Paris en deux phases : l’une en 1988, l’autre en 1990. Tout le travail de l’architecte coordinateur est cadré dans un véritable dialogue avec la ville de Paris.

Définition des lots et du cahier des charges
L’architecte coordinateur divise le terrain en lots. Sur le document produit sont précisés la destination des bâtiments et les espaces verts à réaliser (cf. annexe p.IV).

Il élabore un cahier des charges spécifique par lot auquel les maîtres d’ouvrage et d’œuvre travaillant sur chaque lot doivent se soumettre. Il précise la surface constructible (ici le COS est de 3), la destination du bâtiment (dans le respect du PAZ) et donne les prescriptions architecturales et techniques. Les cahiers des charges sont approuvés par le conseil de Paris.

Coordination
Il fait partie du jury des concours d’architectes (concours de maîtrise d'œuvre) et travaille en collaboration avec eux. Il est garant de la bonne exécution du PAZ et plus largement de l’homogénéité et de la cohérence du bâti.


4) Maîtres d’ouvrage et d’œuvre

C’est la mairie de Paris qui est maître d’ouvrage pour la réalisation des équipements publics. Pour ce qui concerne les immeubles de logements privés et les bureaux, la SEMAEST organise un concours de maîtrise d’ouvrage pour désigner le promoteur qui va se voir attribuer la réalisation du lot. Une fois désigné, le maître d’ouvrage lance un concours de maîtrise d’œuvre pour choisir l’architecte. Le jury des concours est composé à 1/3 d’architectes et aux 2/3 de personnel politique et administratif. Les promoteurs revendent ensuite les bâtiments construits à des sociétés immobilières. Les bureaux sont vendus en bloc, les logements peuvent être vendus séparément. Pour ce qui est des immeubles de logements sociaux, il n’y a pas de mise en concurrence et les sociétés maîtres d’ouvrage sont les bailleurs sociaux. (En annexe p.V, le détail lot par lot des réalisations)

Le terme de zone d’aménagement concertée prend ici tout son sens. A chaque étape de l’avancement du projet, différents acteurs participent à son élaboration et cherchent un consensus entre politiques, urbanistes, promoteurs et architectes. L’objectif est d’assurer la création de l’unité dans la diversité en veillant au respect du PAZ et du cahier des charges par un dialogue permanent à toutes les étapes de développement du projet.
ZOOM sur... Le PAZ

Il s’agit du document clé de la ZAC. Il est composé d’un document écrit, le règlement et d’un document graphique. Les dispositions du règlement se substituent à celles du POS de Paris approuvé en 1977 ainsi qu’à certaines dispositions du code de l’urbanisme. Le PAZ efface le POS tout en restant compatible avec le SDAU. De façon générale, ces documents définissent le périmètre de l’opération, le zonage par fonction (équipements, logements…) des différentes zones délimitées, le tracé viaire, ainsi que des règles particulières d’urbanisme en précisant par exemple les servitudes comme la hauteur maximum des bâtiments à ne pas dépasser. Il est soumis à enquête publique. La loi SRU (Solidarité et Renouvellement Urbain) de 2000 a supprimé le PAZ en intégrant les projets de ZAC dans le PLU.


Le document graphique du PAZ

B. Les grandes étapes

22 septembre 1986 : création de la ZAC par approbation de son dossier de création. Le dossier de création contient notamment une étude d’impact, qui a pour but de prévoir les conditions techniques d’aménagement de la zone, les propriétaires touchés, les incidences sur l’environnement urbain, le programme des équipements à réaliser… (cf. annexe p.VI, VII).

1986 : traité de concession confiant à la SEMAEST l’aménagement de la zone.

1986 : déclaration d’utilité publique de l’opération.

13 novembre 1986 : approbation du PAZ par arrêté préfectoral.

10 juillet 1990 : approbation de la convention de mandat de maîtrise d’ouvrage à la SEMAEST pour la réalisation des équipements publics (cf. annexe p.VIII, IX, X).

De 1990 à 2006 : livraisons des constructions
L’opération a été divisée en 2 phases. Elle a débutée par le nord-ouest de la ZAC et s’est terminée par la partie sud-est.

2006 : terme de la convention entre la ville et la SEMAEST.


3. Le parti pris d’aménagement et les réalisations

Nous allons voir au travers des différentes réalisations, comment les différents acteurs, à travers les documents vus précédemment, ont pensé et aménagé l’espace et ce qui a été réalisé.

A. L’organisation de l’espace public

1) La voirie

Les chaussés sont de taille normale. Il s’agit de deux fois une voie. La circulation automobile est relativement faible dans la ZAC et les places de stationnement sont nombreuses. Une part importante est donnée à l’espace piétonnier à travers de larges trottoirs et des voies réservées piétonnières autour du parc, à gauche de la gare et le long du mail. A noter que deux rues de la ZAC : la rue Jaques Hillairet et l’avenue Vivaldi, empruntent l’ancien tracé des voies de chemin de fer.


2) Les accès

Les accès à la ZAC sont des éléments majeurs dans son désenclavement nécessaire à la création d’un quartier intégré à son environnement. Outre les deux passages existants et qui ont été conservés, au niveau de la gare et du métro Montgallet, il a fallu créer de nouveaux accès et ainsi désenclaver le site.

Les nouveaux accès à la ZAC :
- Avenue Daumesnil : dans le prolongement de la rue Bignon, se trouvait un bâtiment bas en R+2 reliant les deux barres de 11 étages et qui appartenait à la Sablière, société immobilière de la SNCF. Il fut donc démoli et sa suppression se fit à l’amiable sans que la SEMAEST ait eu recours au droit d’expropriation.

Bâtiment en R+3 démoli pour créer un accès


- A droite de la gare de Reuilly : une rue a été créée.

- Le dénivelé du site a imposé deux escaliers permettant d’accéder à la ZAC depuis la rue de Reuilly et la rue Montgallet.

Un projet avorté
Un accès était prévu entre le 30 rue Montgallet et la rue Jacques Hillairet. La SEMAEST a utilisé le droit d’expropriation que lui a délégué la ville mais la copropriété a intenté un procès à la SEMAEST et la cour d’appel lui a donné raison, à la grande surprise de la SEM pour qui l’intérêt privé a triomphé sur l’intérêt général. Le projet fut donc avorté.


3) Les placettes

L’espace public est étoffé dans cette ZAC par la présence de deux placettes, qui ouvrent de deux façons différentes la ZAC sur la rue de Reuilly. Une première placette est située à la fin du mail et de laquelle on peut emprunter la promenade plantée, dans l’une ou l’autre direction (cf. 4.B p.28), l’escalier pour aller rue de Reuilly ou la rue débouchant sur l’avenue Daumesnil. Cette placette ouvre la ZAC sur la rue de Reuilly par l’escalier et en offrant une belle perspective visuelle sur le mail depuis le haut des marches. Cette placette affirme le passage mail-tunnel par une géométrie en entonnoir et par un dessin au sol qui rétrécit l’effet de perspective et une fontaine est disposée au point de changement entre l’axe du mail et l’axe du tunnel. La seconde placette est située au nord-ouest de la ZAC et donne à la fois sur des commerces, des bureaux et sur la station de Métro Montgallet. Un reproche peut être fait au sujet de celle-ci car l’espace réservé au piéton est fondu avec la chaussée réservée aux véhicules et celle-ci n’est matérialisée que par des plots espacés la délimitant. Cette placette ouvre véritablement le quartier sur le 12ème arrondissement.

La placette Montgallet ouverte sur l'arrondissement

4) Le jardin

Le jardin est localisé au sud-ouest de la ZAC, à l’articulation de l’avenue Daumesnil, de la rue de Charenton, de la rue Montgallet et de la Mairie du 12ème arrondissement, mais constitue bel et bien le coeur du quartier. D’une surface de 1,5ha, il est l’œuvre de l’architecte Pierre Colboc. Il est composé en son cœur d’une pelouse centrale circulaire. L’arrondi de la pelouse en forme de cratère crée un dénivelé et une impression d’infini. L’objectif est d’être connecté au maximum à la ville tout en atteignant l’évasion et ce, grâce au creux du jardin. (″Allongé, on ne voit pas les façades, on a l’impression d’être à la plage″ dixit P.Colboc).

Le jardin en forme de cratère

A partir de la pelouse se déploient neuf espaces thématiques que l’on peut qualifier de ″pétales″. Chacune d’elles développe un thème différent : jardin d’eau, terrain de jeu, jardin secret… Pierre Colboc a répondu à la contrainte imposée par le dénivelé en l’absorbant dans un jeu de pentes douces. La passerelle bombée en bois fait office de pont suspendu au-dessus du gazon, il permet au jardin d’intégrer le parcours de la promenade plantée et offre un point de vue sur la mairie du 12ème, réputée pour son architecture. Cependant, l’architecte coordinateur, émet une critique au sujet de ce pont. Selon lui, il rompt de part et d’autre de la promenade plantée la perspective visuelle que doit créer celle-ci. Il aurait ainsi préféré une passerelle à plat.

Rupture de la perspective visuelle de la promenade plantée


La mise en valeur du jardin dans la ZAC a été pensée de deux façons.

Les équipements publics prévus ont été placés en amphithéâtre, à l’est du jardin, comme on le constate sur le PAZ. L’objectif est la mise en valeur mutuelle des jardins et des équipements fonctionnellement et morphologiquement. Fonctionnellement dans le sens où la fréquentation d’un des ensembles va favoriser la fréquentation de l’autre. Et morphologiquement en créant, selon P.Micheloni, urbaniste à l’APUR, une "architecture d’objet". Mais l’architecture des équipements ne fait pas l’objet d’un consensus. En effet, M. Schweitzer, l’architecte coordinateur, dénonce la "finition d’usine" et particulièrement la toiture en aile d’avion du centre d’animation. Il dénonce le fait que le jury de maîtrise d’œuvre ne soit composé que d’1/3 d’architectes. Cependant, le gymnase livré en 2006 semble faire l’unanimité sur le plan architectural.

Le gymnase

La hauteur des équipements publics a été limitée à R+1, ce qui est très rare dans Paris intra-muros, avec pour objectif d‘étendre le parc jusqu’au front bâti. Ainsi, les arbres le long de l’espace Reuilly sont visibles depuis le parc. Les équipements forment un premier rang de bâtiments bas et discontinus en bordure de l’espace vert, les hauteurs s’élèvent ensuite lorsqu’on s’en éloigne et les constructions s’ordonnent en couronne. Grâce aux volumes limités de ces équipements, le jardin donne l’impression de s’étendre nettement au delà de ses limites effectives.

Elargissement de la perspective visuelle jusqu’au front bâti

Cette photo illustre également un effet inattendu qu’a eu le pont suspendu et que P.Colboc n’avait pas prévu. Lors des belles journées ensoleillées, les personnes sur la pelouse se déplacent en même temps que l’ombre projetée du pont.

5) Le mail

Le jardin se poursuit par un mail planté de près d’1ha, mesurant 30m de large pour 300m de long. L’allée Vivaldi, qu’emprunte le mail fait la part belle aux piétons en leur offrant deux espaces réservés. Un premier sur le mail, qui peut être emprunté également par les vélos et les rollers. L’autre sur les trottoir à proprement parler avec l’un d’entre eux couvert par une galerie et longeant un linéaire commercial.

Le mail, allée Vivaldi


Le jardin de reuilly, square de proximité situé derrière l'ancienne gare de Reuilly, vient compléter les espac
es verts de la ZAC.

Une place importante a ainsi été donnée aux espaces verts dans la ZAC avec la volonté d’offrir un cadre de vie agréable aux habitants de permettre sa traversée par la promenade plantée. Des espaces verts qui sont étoffés par la présence d’une nature plus quotidienne avec la présence dans toutes les rues de nombreux arbres.


B. L’organisation de l’espace privé

Concernant l’organisation de l’espace bâti, les volumes sont articulés autour des espaces publics libres : placettes, jardin et mail. Un dispositif d’îlots parisiens, fermés, typiquement haussmanniens avec des bâtiments contigus alignés sur l’espace public a été adopté. Ils sont au nombre de six et sont essentiels pour l’intégration des bâtiments conservés sur le site et pour l’intégration de la ZAC dans son environnement urbain immédiat. A noter que le tracé de la rue de Reuilly est affirmé par des constructions à l’alignement.

Un dispositif d’îlots parisien fermés

1) Les immeubles de logements

Les immeubles de logements sont disposés en couronne autour du jardin et le long du mail. Un immeuble donne sur le square. L’objectif étant de faire profiter les habitants de l’agrément des nombreux espaces verts.

La majorité des immeubles de logements a vu sa hauteur limitée à 27 mètre soit R+ 7/8 afin de respecter les gabarits urbains parisiens, toujours dans le souci d’intégrer la ZAC à l’environnement immédiat.

Afin de régler la cohabitation des immeubles avec les espaces verts et les bâtiments conservés sur le site, quelques règles ont été édictées.

En front de mail, les rives ont été traitées de façon différentiée. A l’origine du projet, il était prévu que le mail soit bordé par 2 barres d’immeubles triplant alors celle de l’avenue Daumesnil. L’une d’elle a été réalisée, sur la rive nord. L’architecte coordinateur a veillé à la continuité architecturale de la barre d’immeubles car 5 architectes différents ont travaillé dessus. Ainsi, tous les bâtiments sont différents mais il y a une seule lecture de l’ensemble. Sur la rive sud, 4 plots alignés et séparés par des jardins ont été préférés à une barre d’immeubles. Cela permet ainsi de laisse pénétrer d’avantage le soleil sur le mail, d’intégrer en douceur la grande barre de l’avenue Daumesnil dans la ZAC et de ne pas avoir trois barres alignées. De plus cela évite un effet de compression du mail et permet d’élargir son espace visuel tout en assurant l’alignement, ce qui rythme le parcours de la promenade plantée le long du mail. Mais si le bon sens semble imposer cette décision, il fallu que l’architecte coordinateur impose son idée contre le projet initial d’une barre et ce, contre le maire de Paris de l’époque, Jacques Chirac.

Rive nord du mail


En front de parc, la hauteur des bâtiments est limitée à 12 et 21 mètres afin d’élargir au maximum la perspective depuis le jardin et ainsi de ne pas donner une impression d’enfermement. Une succession de plots, reliés entre eux par des bâtiments bas, permet de ne pas isoler les immeubles de la rue Montgallet derrière un écran bâti et ainsi les priver de l’ensoleillement.

Les plots en front de parc


2) L’architecture

L’architecture de la ZAC est contemporaine. Elle s’intègre bien dans le contexte urbain parisien, sans exagération, et est, selon M. Schweitzer, "le reflet de notre société". Différents matériaux ont été utilisés selon l’emplacement des bâtiments. Sur le périmètre extérieur, les façades sont à dominante blanche avec l’utilisation du métal thermolaqué, de la brique, du béton architectonique et de la pierre. Pour les façades donnant sur le cœur de quartier, une plus grande liberté a été laissée, y compris par l’utilisation du bois. De manière générale, on remarque un jeu sur les volumes dans le traitement des façades, notamment en ce qui concerne les balcons. A l’échelle de la ZAC, on ne peut pas parler d’unité architecturale tellement les architectures peuvent différer mais bien d’un ordre général, d’un ordonnancement urbain. Les façades sont pour la plupart encore toutes en très bon état mais ce n’est pas le cas de l’arrière des bâtiments le long du mail avec les enduits qui vieillissent mal. Cela s’explique par le fait que ces immeubles abritent des logements sociaux et avec un prix plafonné pour la construction (500 euros le m²), ″tout à été misé sur la façade″ (dixit Mr Schweitzer).

Jeu sur les volumes en cœur de quartier


3) Les commerces

A l’origine, selon Mr Souffront, directeur opérationnel à la SEMAEST, il était prévu d’occuper tous les RDC des immeubles par des locaux commerciaux et une galerie commerçante était envisagée. Ainsi, plus de 20 000 m² de locaux commerciaux étaient prévus, ce qui était exagéré du point de vue de la SEMAEST, le risque étant d’après elle, de décourager certains bailleurs. Au final, 8000 m² ont été réalisés. La galerie commerciale n’a jamais vu le jour et dans les immeubles sans locaux commerciaux en RDC, il a été prévu de créer des rez-de-jardin, le but étant, selon l’APUR, d’éliminer le risque que peut poser l’occupation des halls d’immeubles aux habitants. Ainsi, rue Jacques Hillairet, les RDC des immeubles sont surélevés et occupés par un jardinet. Outre les immeubles de la rue J. Hillairet et les plots le long du mail où des rez-de-jardin ont été aménagés, tous les RDC des immeubles d’habitations sont occupés par des commerces. Une clause d’agrément passée entre la SEMAEST et le bailleur définit la destination de ces locaux. Le long du mail, un grand linéaire commercial en RDC a été aménagé et couvert.


4) Les immeubles de bureaux

Les bureaux ont été localisés à proximité des stations de métro Daumesnil et Montgallet, sur la ligne 8. Ils sont concentrés sur deux îlots aux angles nord et est de l’opération ainsi que dans un immeuble linéaire situé à l’extrémité est. Ce sont les immeubles de bureaux qui font la jonction avec les 2 barres conservées rue de Reuilly, c’est pourquoi une hauteur de plafond maximum de 30m fut autorisée, (soit un niveau de plus que les immeubles de logements), afin d’atténuer visuellement l’émergence de ces barres en assurant une transition.


5) La gare de Reuilly

L’ancienne gare de Reuilly a été conservée et réhabilitée. Elle a accueilli le siège de la SEMAEST et est devenue aujourd’hui la maison des associations du 12ème. Elle procure une image traditionnelle, en restant un symbole du passé ferroviaire du site, à un quartier qui en est dépourvu. Elle est mise en valeur en étant encadrée par deux fronts bâtis qui entourent le petit square et qui sont parallèles aux façades est et ouest de la gare.



La gare de Reuilly


C. Les modifications apportées au PAZ

1) Dans la destination

Dans l’est de la ZAC, une zone d’activité avec cours intérieure privée était prévue au PAZ. L’objectif était d’accueillir des entreprises qui auraient souhaité se reloger ou s’installer dans l’opération ainsi que de recevoir des antennes locales de services techniques municipaux.

Tout d’abord, la réinstallation des entreprises industrielles présentent sur le site s’est révélée incompatible avec les attentes du marché : les entreprises concernées, dont les activités étaient liées à la présence de la gare, ont préféré déménager avec la disparition de celle-ci. Ensuite, le lot de la rue Georges et Mai Politzer, destiné à accueillir un hôtel industriel, a fait l’objet d’une consultation de promoteurs. Après le renoncement du promoteur retenu, un autre opérateur a été choisi et le lot a été affecté à un centre de l’AFPA (Association nationale pour la Formation Professionnelle des Adultes). La SEMAEST a alors proposé de requalifier cet espace relativement enclavé compris entre les rues de Reuilly et Politzer, en lui donnant une autre qualité urbaine. En accord avec la ville, la voirie privée interne est devenue publique. Le désenclavement a été réalisé en créant un passage piéton sous porche dans l’immeuble de l’OPAC du lot 15 après la construction de l’immeuble. La SEMAEST est intervenue de façon volontariste auprès des propriétaires des locaux d’activités quasi à l’abandon situés sous la dalle des deux barres du 82-90 rue de Reuilly. Elle a ainsi obtenu la requalification des locaux d’entreposage d’un distributeur en électroménager et l’implantation d’un CAT (Centre d’Aide par le Travail). De plus, les services techniques de la direction de la voirie et de la propreté ayant renoncé à leur installation dans le lot 22, la ville a décidé la création d’une crèche de 60 berceaux conférant un surcroît d’urbanité et de vie à cette rue. Mais malgré tout, cette zone est vraiment ressentie comme une enclave au milieu de la ZAC, comprimée par deux ensembles de barres et l’espace n’est pas très agréable à pratiquer.

L’accès créé, vu depuis la rue Politzer


2) Du périmètre

Avenue Daumesnil, la SEMAEST a racheté l’hôtel du Grillon, qui n’était pas compris dans le PAZ et l’a démoli afin d’avoir une façade plus longue pour l’actuelle banque Barclay. Cela fut possible grâce à un accord entre Paul Pernin et la mairie centrale.

4. Une réussite double

A. Une opération réussie

1) Le succès financier

La ZAC de Reuilly fut une opération équilibrée pour la ville. Du point de vue de la SEMAEST, l’opération fut un succès financier. En effet, elle fut excédentaire grâce au très bon prix auquel elle a acquis les terrains de la SNCF, d’après M. Souffront. Les dépenses ses ont élevées à 91,8 M euros HT pour 221,772 M euros HT de recettes.


2) Une nouvelle méthode de travail récompensée

Avec la ZAC Reuilly, la ville de Paris a inauguré une nouvelle méthode de travail en remplaçant l’architecte en chef par un architecte conseil, qui deviendra par la suite architecte coordinateur ou coordonnateur. Selon Roland Schweitzer, la démarche de la ville de Paris était d’instaurer d’avantage de dialogue, l’architecte en chef n’ayant pas d’honoraire, ni les moyens de travailler dans le dialogue et la concertation. Aujourd’hui, on parle de maître d’œuvre urbain. Cette nouvelle méthode est à l’origine du grand prix d’aménagement et urbanisme que la ZAC a obtenue en 1992.


3) Des objectifs dépassés

Les objectifs fixés dans le programme initial ont été largement dépassés.

- Logements : 800 unités → 1043 unités
- Commerces et activités : 20 000m² → 23 000m²
- Bureaux : 65 000m² → 67 000m²

3 équipements supplémentaires ont été réalisés :
- 1 gymnase
- 1 crèche
- 1 hôtel de police

B. Un succès urbain : un quartier mixte et intégré

1) Un quartier mixte

Mixité sociale
La ZAC a réussi à créer une réelle mixité sociale par le logement. Sur l’ensemble des logements construits, la ZAC devait compter 1/3 de logements PLA (Prêts Locatifs Aidés), 1/3 de logements PLI (Prêts Locatifs Intermédiaires) et 1/3 en accession à la propriété. Au final, le logement aidé, c'est-à-dire en PLA et PLI, ainsi que les PLC (Prêts Locatifs Conventionnés) représente 73% du parc total de logements de la ZAC. La SNCF, par sa société immobilière La Sablière a obtenu le droit, au moment de la cession des terrains à la ville de Paris de faire dans la ZAC un certain nombre d’appartements qu’elle réserve à ses salariés, à des tarifs préférentiels, ce qui est comptabilisé comme du logement social, tout comme la barre avenue Daumesnil de La Sablière qui loge les retraités de la SNCF. La ZAC compte également une résidence pour étudiants.

Mixité fonctionnelle
La ZAC connaît une réelle mixité fonctionnelle avec, aux rez-de-chaussée de nombreux immeubles, des activités commerciales ainsi qu’avec la présence des entreprises installées dans les immeubles de bureaux.

Les immeubles et locaux de bureaux sont occupés par les sièges sociaux de la banque Barclay et des NMPP (Nouvelles Messageries de la Presse Parisienne), ainsi que ceux de l’UNEDIC et de la chambre de métiers et d’artisanat de Paris. La ZAC a été la première opération de l’est de Paris à susciter l’intérêt des promoteurs et investisseurs. En effet, hormis le quartier de la gare de Lyon, l’est de Paris en général et le 12ème en particulier étaient jusque là ignorés par les entreprises pour y installer leurs sièges sociaux. La combinaison de bureaux et de logements permet une vie alternée dans le quartier. Les mouvements quotidiens des employés des entreprises s’alternent avec celui des résidents et permettent le maintien d’une vie dans la ZAC à de nombreux moments de la journée, sans que l’activité des entreprises ne dérange les résidents.

2) Les commerces

L’objectif initial d’implanter des commerces de proximité dans les locaux commerciaux n’a pas réussi partout dans la ZAC. Au niveau de la placette Montgallet, ouverte sur la rue de Reuilly, l’objectif est atteint avec notamment un bar tabac, un restaurant, une boulangerie Paul et un libraire ″maison de la presse″. En revanche, le linéaire commercial le long du mail n’a pas connu le même succès. L’échec de l’implantation de commerces de proximité s’explique par la localisation de l’intermarché. L’objectif était d’implanter un supermarché dans la ZAC avec une entrée donnant sur le mail et devant ainsi créer un effet d’appel pour l’implantation de commerces de proximité dans les locaux réservés le long du mail. Malgré la politique de la mairie de Paris de l’époque qui interdisait l’implantation dans la capitale de toute nouvelle moyenne ou grande surface, le supermarché a pu être installé, grâce à l’action volontaire du maire du 12ème de l’époque, Paul Pernin, dans la majorité municipale. Cependant, le succès ne fut pas entier et aucune entrée du magasin ne donne sur le mail. Les commerces de proximité qui s’étaient installés dans l’attente de l’ouverture du supermarché ont alors disparu. L’opportunité n’a donc pas été créée et les locaux commerciaux du mail et ceux les plus proches sont essentiellement occupés par des restaurants dont la clientèle est en partie assurée par les nombreux bureaux situés dans la ZAC. Selon M. Micheloni, le linéaire de l’allée Vivaldi est atypique et doit maintenant ″ trouver sa voie″.

Un espace corse témoignant de l’atypicité du linéaire commercial


3) Un quartier intégré

La promenade plantée
La ZAC Reuilly s’inscrit dans le parcours de la promenade plantée, appelée plus communément ″coulée verte″ qui débute à la Bastille et s’achève à Saint-Mandé en traversant le 12ème arrondissement. Le projet de la ZAC Reuilly et celui de la promenade plantée ont été lancés de façon quasi simultanée et même si rien n’était encore décidé pour la promenade, il fut décidé de prévoir sa traversée de la ZAC. L’esprit était donc de : ″répondre aujourd’hui à la demande de demain″ (dixit P.Micheloni). Depuis la Bastille, on arrive dans la ZAC par le viaduc des arts, on traverse ensuite la passerelle enjambant le parc, on poursuit en empruntant le mail planté avenue Vivaldi et au niveau de la placette, on continue la promenade en passant sous la rue de Reuilly, en direction de Saint-Mandé. La ZAC est donc parfaitement intégrée à la promenade plantée bien qu’il peut être reproché au caractère urbain de l’allée Vivaldi de dérouter le promeneur qui peut penser que la promenade plantée s’achève là. D’après une enquête réalisée en 1996 par l’agence KEOPS sur la promenade plantée, le tronçon de la ZAC enregistre environ 2500 passages le samedi et 6500 le dimanche et ce sont presque exclusivement des habitants du 11 et 12ème arrondissement qui parcourent la promenade. Elle connaît ainsi une forte influence le week-end, particulièrement au printemps et en été et la ZAC en profite en termes de fréquentation de la piscine et des commerces. La promenade plantée est donc un élément majeur dans l’intégration de la ZAC à l’arrondissement.

Les nombreux équipements publics et activités culturelles
La ZAC dispose de nombreux équipements publics qui bénéficient non seulement aux résidents de la ZAC mais à l’arrondissement dans son ensemble. En ce qui concerne les équipements éducatifs, on compte une école maternelle de 8 classes, une crèche de 60 berceaux, et une halte garderie privée. La piscine et le gymnase sont fréquentés par des classes primaires et de secondaire du 12ème. Le centre d’animation offre de nombreuses activités culturelles : chants, danse... aux jeunes et moins jeunes. La salle de conférence de l’espace Reuilly est utilisée notamment pour les comptes rendus de mandat de la maire du 12ème mais accueille également des concerts, congrès et séminaires de toute la France. Certains locaux en rez-de-chaussée d’immeubles accueillent également des associations privées comme le patronage le Chantier.


Conclusion

Une opération exemplaire

La ZAC Reuilly fut une opération exemplaire dans la mesure où elle n’a pas connu de difficultés majeures dans sa mise en œuvre et les différents acteurs ne sont jamais sortis de l’idée de départ. Le projet a été accepté par les riverains et les habitants, aucune association ne s’étant opposée au projet. Cependant, l’opération a pris beaucoup de retard. Alors qu’elle devait se terminer en 1995, elle s’acheva en 2006, soit plus de 10 ans plus tard. Parmi les raisons de ce retard, l’Etat qui était réticent pour financer le commissariat de Police et la ville qui a fait perdurer la ZAC car deux emprises étant inutilisées, elle a pris le temps de la réflexion afin de répondre au mieux aux besoins du quartier et de l’arrondissement et y a installé le gymnase et la crèche.

Une réussite urbaine

La ZAC Reuilly constitue un modèle de quartier mixte tel qu’on le conçoit aujourd’hui dans les opérations de renouvellement urbain, grâce à un dosage équilibré de logements, de commerces, d’activités, d’équipements et d’espaces verts. Le quartier est intégré à l’arrondissement et il vit bien. On a réussi à continuer la ville tout en donnant une identité propre au quartier. Ainsi, à Reuilly, on a l’impression d’être à la fois dans la ville et en dehors. A la différence de la ZAC Bercy, grande opération d’aménagement du 12ème, à Reuilly, à l’origine, il y a avait de la vie autour (dixit M. Micheloni). Le quartier devait respecter l’identité et le vécu de l’espace auquel il s’intègre. A Bercy, on a pu créer une identité propre au quartier ; à Reuilly, il a fallu composer avec l’existant.


Sources

Personnes rencontrées

- Monsieur Jean-William Souffront, directeur de l’aménagement à la SEMAEST (Société d’économie mixte de l’est de Paris).

- Monsieur Roland Schweitzer, architecte.

- Monsieur Pierre Micheloni, urbaniste à l’APUR (atelier parisien d’urbanisme).

Bibliographie

- Dossier de synthèse de la SEMAEST, décembre 2005.

- Paris Projet, 1997, n°27-28, L’aménagement de l’Est de Paris″.

- Etude de cas de Gabrielle Labescat et Margaux Remy, 2005/06, La promenade plantée ou la reconversion d’une ligne de chemin de fer″.

- Le Parisien, 8/9 avril 1995, À Reuilly, la ZAC est un village.

- Les annales de la recherche urbaine, n°77, Enquête d’histoire urbaine. A Paris, la ZAC Reuilly Diderot, Caroline Varlet.

- Plaquette de la SEMAEST sur la ZAC Reuilly.


Cette étude a été réalisée en 2006/2007 dans le cadre du cours de Fabien Ansel en première année du Magistère Urbanisme et Aménagement de Paris 1.

dimanche 21 octobre 2007

BOIRE OU CONDUIRE : IL FAUT CHOISIR

Au cours du premier semestre 2006, une nouvelle fit trembler le vignoble bordelais : un projet d’autoroute menaçait d’affecter l’appellation Margaux. Aujourd’hui le projet est en stand-by et l’aménageur s’empare du sujet car au-delà d’une querelle entre d’un coté les pouvoirs publics et de l’autre le puissant lobby viticole, le débat est d’une autre nature et porte sur la question de l’intérêt général, entre patrimoine et modernité.

Le vignoble
Le vignoble de Margaux, situé dans le Médoc, est l’un des plus prestigieux du bordelais. L’AOC est de renommée internationale avec 22 crus parmi les 60 du classement de 1855 qui semble avoir instauré pour l’éternité (le classement n’a jamais été révisé) une hiérarchie entre les plus grands châteaux bordelais. Nombre de crus de Margaux font rêver amateurs et connaisseurs (Palmer, Brane-Cantenac, Giscours…) avec en tête d’affiche le mythique Château Margaux, un de ces vins légendaires qui transforment le vin d’un produit agricole en œuvre d’art et l’œnologie en véritable pratique culturelle. Qui a déjà goûté de tels vins en sort ému, riche, cultivé !

Le projet

Bordeaux est situé sur le « corridor atlantique », axe de circulation Nord-Sud qui permet les échanges entre la péninsule ibérique et le Nord de l’Europe. Conséquence : en 2003, environ 14 300 véhicules traversent l’agglomération, dont 8 300 poids lourds et la rocade (A630) est régulièrement saturée. Les pouvoirs publics ont donc pris conscience de l’urgente nécessité d’un désengorgement de la rocade, d’autant plus que les prévisions de trafic pour 2020 sont à la hausse avec une augmentation de 6 000 véhicules par jour par rapport à 2003. L’option choisie a été le doublement de la rocade par l’Ouest, afin de relier l’A10 au Nord à la A360 au Sud (cf. carte) et cinq tracés ont été proposés : trois contournant le vignoble et deux le traversant. Ces derniers tracés ont été abandonnés par le préfet de la Gironde et le projet est en stand by, l’heure étant à l’enquête publique.


Le débat
Comme on peut l’imaginer, ce projet a mis en émoi tout le vignoble bordelais et son lot de propriétaires et viticulteurs. Mais nous ne nous trouvons pas ici dans un schéma de lobbying classique. Car si les propriétaires, représentés par leur chef de file, Gonzague Lurton, président du syndicat viticole de Margaux, défendent leur intérêt particulier, ils défendent avant tout l’intérêt général, celui de la France. Un projet d’aménagement doit d’abord et avant tout répondre à l’intérêt général. Mais dans le cas présent, où est-il : dans le désengorgement de l’agglomération bordelaise afin de fluidifier le trafic et d’accueillir l’augmentation des flux, ou dans la sauvegarde d’un patrimoine exceptionnel qui participe au rayonnement culturel de la France dans le monde et qui s’est construit depuis des siècles ? Car même si les deux projets les plus contestés qui prévoyaient l’arrachage de dizaines de pieds de vigne ont été abandonnés, les trois restants peuvent avoir de graves conséquences de part la pollution qu’ils engendreraient et risquent de bouleverser le mécanisme hydrologique du vignoble qui repose sur un équilibre fragile entre nappes phréatiques, petits ruisseaux et zones humides, le tout alimentant un terroir constitué de sable et de graves, terroir qui permet la meilleure expression du cépage roi en Médoc : le Cabernet Sauvignon. Bien que ce risque ne peut être scientifiquement prouvé, il y a des raisons d’être inquiet, à en croire Gonzague Lurton : « J’ai des pieds de vignes qui sont morts alors qu’un simple fossé a été creusé à proximité ». Alors une autoroute…



Il parait donc incontestable que le projet d’infrastructure routière porterait atteinte au vignoble de Margaux en remettant en cause sa pérennité et son excellence et il est regrettable que l’intérêt suprême la France, à travers l’un de ses fleurons culturels n’ait été pris en compte par des hauts fonctionnaires qui doivent sûrement être les premiers à se délecter du nectar qu’ils mettent en péril. L’autoroute n’affecterait pas que le vignoble, elle affecterait la France. Et même si les conséquences serait finalement peut être infimes, la question n’est pas là. On est dans le symbolique. L’idée même de ne pas prendre en compte l’intérêt général à travers la sauvegarde d’une partie de l’identité française et du rayonnement culturel de notre pays est condamnable. Et il ne faut pas avoir honte de dire qu’une partie de la France est enracinée dans ses vignes et de s’en porter défenseur.

Arnaud Beaumont


Article publié dans le N° 5 - printemps 2007 d'Urban' essence, en vente à la librairie du moniteur, 7 place de l'Odéon, Paris 6ème.

Exercice libre sur un objet urbain à Dijon

Jardin secret

Ce mur n’est pas un mur comme les autres. A y passer devant, le pas pressé et décidé, on le remarquerait à peine. Comme tous les autres d’ailleurs. Si peu de murs, peu de façades suscitent notre intérêt et n’éveillent notre curiosité, c’est parce que le mur est, dans nos villes un objet urbain banal. Arrêtez vous devant un mur, n’importe lequel et posez vous la question : qu’y a t-il derrière ? que cache t-il ? Vous trouverez presque toujours la réponse. Un regard par la fenêtre ou dans l’entrebâillement d’une porte, un coup d’œil à un écriteau.. Il suffit de lever les yeux, parfois de chercher l’entrée, de lire… Ici un pavillon, là un cimetière, plus loin une caserne.. Les murs sont donc des remparts ouverts qui éveillent peu le passant. Mais le mur en question ne joue pas dans la même catégorie et il redonne de l’intérêt à la flânerie urbaine. Car ce mur est mystérieux. On jette un premier regard furtif. Ce mur ne dévoile rien. Pas une ouverture, pas une indication. On est bien face à … un mur ! Un second coup d’œil et le regard se pose, interrogatif. A y regarder de plus près, ce mur est plus bavard qu’il n’y parait. On y distingue la façade d’un bâtiment la marque de fenêtre et de portes qui depuis ont été comblées par des pierres. Comblé il y a combien de temps : 10 ans, 20 ans, 100 ans, plus… On ne le saura jamais. Ce mur a quelque chose à cacher et nous le fait savoir. Tout à coup, ce mur presque innocent devient provocateur. C’est comme s’il nous parlait, nous interpellait et d’un ton cynique, nous lançait : « non, tu n’as pas le droit de voir, ni de savoir, c’est mon jardin secret » Il en dit à la fois trop et pas assez. Maintenant on veux savoir. Y’a-t-il de la vie derrière ce mur, que peut-il bien s’y passer ? Nous nous muons alors en une sorte de détective urbain improvisé, tête levée et œil vif et tel Hercule Poirot interrogeant les passagers des wagons lits de l’Orient express, nous voila parti à la recherche du moindre indice nous permettant d’en savoir plus sur ces pierres muettes. Notre attention est alors attiré par ces 11 jardinières alignées devant ce mur et uniquement devant celui-ci. Quelques bribes de nature devant le mur.. Un signe ? des fausses pistes ? Un avant goût ? Nous n’en saurons rien. Le mur retourne dans son mutisme et préserve son jardin secret.